MonsieurDPE

DPE 2026 : 390 000 passoires reclassées sans travaux

L'essentiel. Au 1er janvier 2026, le coefficient d'énergie primaire de l'électricité passe de 2,3 à 1,9 (arrêté du 13 août 2025). D'après notre analyse des données publiques de l'ADEME réalisée le 18 août 2026, 389 752 logements classés F ou G sortent du statut de passoire énergétique sans travaux, dont 90,8 % chauffés à l'électricité, et 2,78 millions de logements gagnent au moins une classe.

Le 1er janvier 2026, une ligne de calcul change dans la méthode du diagnostic de performance énergétique : le coefficient de conversion en énergie primaire de l'électricité passe de 2,3 à 1,9, en application de l'arrêté du 13 août 2025. Ce paramètre invisible du grand public détermine pourtant l'étiquette de millions de logements chauffés à l'électricité. Nous avons appliqué les deux coefficients aux 14,9 millions de DPE comparables de la base publique ADEME. Résultat : 389 752 logements aujourd'hui classés F ou G obtiendront E ou mieux, sans le moindre chantier.

Qu'est-ce qui change exactement au 1er janvier 2026 ?

Le DPE exprime la consommation d'un logement en énergie primaire, c'est à dire l'énergie prélevée sur les ressources avant transformation et transport. Pour l'électricité, chaque kilowattheure consommé au compteur comptait jusqu'ici pour 2,3 kWh d'énergie primaire. L'arrêté du 13 août 2025 abaisse ce facteur à 1,9 à compter du 1er janvier 2026, pour tenir compte de l'évolution du mix de production électrique français. Le mécanisme détaillé est expliqué dans notre fiche coefficient d'énergie primaire 2026.

Concrètement, un logement chauffé à l'électricité voit sa consommation d'énergie primaire affichée baisser d'environ 17 % sur les usages électriques, alors que sa consommation réelle, celle qui apparaît sur la facture, ne bouge pas d'un kilowattheure. Les seuils des étiquettes, eux, restent inchangés : mécaniquement, des logements changent de classe.

Combien de logements changent d'étiquette ?

Sur les 14 872 058 DPE de logements pour lesquels la base ADEME fournit l'étiquette calculée avec les deux coefficients, nous mesurons :

  • 2 780 861 logements gagnent au moins une classe, soit 18,7 % du parc comparable ;
  • 389 752 logements sortent du statut de passoire énergétique : classés F ou G avec le coefficient 2,3, ils obtiennent E ou mieux avec le coefficient 1,9 ;
  • le stock de passoires du périmètre comparable passe de 1 705 282 à 1 315 530 logements, une baisse de 22,9 % obtenue par le seul changement de formule.

Dans le détail des transitions, 181 444 logements classés G passent en F, restant passoires mais échappant à l'interdiction de location qui frappe les G depuis 2025. Et 389 102 logements classés F passent en E, la sortie de passoire proprement dite, qui les met à l'abri de l'échéance de 2028. Plus haut dans l'échelle, 1 004 721 D deviennent C et 820 992 E deviennent D.

Qui sont les gagnants de la bascule ?

Le profil des 389 752 sortants est sans ambiguïté : 353 733 d'entre eux, soit 90,8 %, sont chauffés à l'électricité. Viennent ensuite, loin derrière, le gaz naturel (20 369 logements, concernés par leurs usages électriques annexes), les réseaux de chaleur (5 395), le bois en bûches (5 282) et le fioul (3 270). La mesure confirme ce que la mécanique du calcul laissait prévoir : cette réforme est, dans les faits, une réforme du DPE des logements électriques.

Géographiquement, l'Île-de-France arrive nettement en tête avec 100 098 logements sortant du statut de passoire, devant Auvergne-Rhône-Alpes (52 065), Nouvelle-Aquitaine (31 949) et Provence-Alpes-Côte d'Azur (30 394). Un classement qui recoupe la carte du chauffage électrique dans l'habitat collectif urbain, où les petites surfaces chauffées par convecteurs sont légion.

Ce que cela change pour les propriétaires et les locataires

Pour un propriétaire bailleur dont le logement passe de F à E, la bascule repousse l'horizon réglementaire : l'interdiction de location des F est fixée à 2028, celle des E à 2034. Un logement reclassé E le 1er janvier 2026 gagne donc six années de mise en conformité, sans travaux.

Il faut toutefois lire ce chiffre pour ce qu'il est : un changement d'affichage, pas une rénovation. Les 389 752 logements reclassés consommeront exactement la même énergie le 2 janvier que le 31 décembre. Leur facture ne baissera pas, leur confort d'hiver ne s'améliorera pas. La réforme corrige une convention de calcul jugée défavorable à l'électricité ; elle ne remplace ni une isolation ni un système de chauffage performant.

Ce n'est d'ailleurs pas la première correction du genre : la réforme des petites surfaces de juillet 2024 avait déjà reclassé 571 760 logements de moins de 40 m², selon la même base de données.

Comment savoir si votre logement est concerné ?

Trois conditions cumulatives dessinent le portrait type du logement concerné : une étiquette F ou G, un chauffage électrique, et une consommation d'énergie primaire proche du seuil de la classe supérieure. La base publique ADEME fournit, pour chaque DPE établi, l'étiquette recalculée avec le nouveau coefficient : votre classe au 1er janvier 2026 est donc déjà connaissable, à partir du numéro à treize caractères figurant sur votre diagnostic. C'est l'une des vérifications que mène l'enquête MonsieurDPE sur votre DPE, gratuitement.

Méthodologie

Les chiffres de cet article proviennent d'une interrogation directe du corpus des DPE publiés par l'ADEME (base des logements existants), réalisée le 18 août 2026. Le périmètre couvre les 17 385 011 DPE actifs de logements, hors diagnostics désactivés et hors ancien dispositif antérieur à juillet 2021. La comparaison d'étiquettes porte sur les 14 872 058 dossiers pour lesquels la base fournit la classe calculée avec le coefficient 2,3 et avec le coefficient 1,9. Les proportions sont arrondies à une décimale. Une passoire énergétique désigne un logement classé F ou G au sens de la loi Climat et résilience.

Sources